jeudi 30 mars 2017 01h34

Tribune - Tunisie: Open Sky, Attention aux mirages !

Publié le lundi 05 avril 2010 lu 5732 fois
Tribune - Tunisie: Open Sky, Attention aux mirages !

Tribune - Tunisie: Open Sky, Attention aux mirages !

Et oui c’est bien d’aérien qu’il s’agit ! Ce transport aérien qui représente la pierre angulaire du tourisme en général et du tourisme tunisien en particulier, vu que pratiquement 100% des visiteurs de notre beau pays y parviennent par les airs.

Comme un vieux couple, hôteliers et tours opérateurs se jettent la responsabilité des disfonctionnements et des maux du secteur. Le T.O reproche l’insuffisance de la qualité, l’hôtelier reproche le bas niveau des prix qui lui sont imposés et rêve d’une liberté vis-à-vis du vilain tour opérateur surtout que la liberté du ciel tunisien est annoncée pour demain et que Monsieur Low Cost a l’air si jeune, attractif et charmant !

Alors au revoir Monsieur T.O et Monsieur charter et bonjour Monsieur Low Cost et la profusion de touristes avec des portails Web qui accueillent les visiteurs par millions ?!

A moins que Monsieur Low Cost ne soit qu’un leurre, une farce, un aventurier de passage, un malin séducteur qui cache son jeu et un avenir beaucoup moins prometteur qu’il ne dit et que ne faisait son prédécesseur Monsieur Charter avec Monsieur T.O le vilain ringard !!!
Existe-t-il réellement un concept Low Cost encore plus bas que le Charter des lignes millionnaires comme sur le Paris-Tunis, Paris-Djerba ou Paris Monastir par exemple ? Y a-t-il encore des économies substantielles à faire sur le cout du siège (charter ou régulier) auxquelles les compagnies présentes jusque là (Tunisair, Air France, Nouvelair) n’ont pas encore pensé ? De petites économies il y en a et il y en aura toujours, mais parlons des économies spectaculaires, substantielles qui feraient passer le prix du siège de 250€ à 120 € par exemple ?

Comment en opérant des mêmes aéroports que les compagnies classiques (se privant donc des économies dues à la délocalisation sur des aéroports secondaires avec des taxes et des charges moindres) les compagnies soit disant Low Cost vont-elles produire un siège moins cher ? Difficile non avec un kérosène au même prix pour tous et des avions à priori opérationnels et entretenus au même prix pour tous ? Bon la dimension de certains bureaux gagnerait à être revue à la baisse chez certains c’est vrai!

Comment alors elles font diriez vous, si elles n’ont pas de réelles économies dans leur concept, pour vendre à des prix démarrant de 90€ le Paris-Monastir ou le Paris/Tozeur aller/Retour alors que le prix du siège charter proposé par les compagnies aériennes aux tour opérateurs qui prennent des chaines entières sur l’année est de l’ordre de 250€ ?

Les compagnies aériennes tunisiennes n’arrivent pas à produire un siège charter A/R Paris Tunis à moins de 250€ et déclarent même perdre de l’argent en vendant à ce prix là.

Quand on sait que la quasi-totalité des séjours touristiques en Tunisie sont vendus par les tour opérateurs dans le cadre de packages faits avec le prix du siège charter, on se demande jusqu’à quand tiendront les T.O à fabriquer du stock et à proposer des chaines aériennes charter sur les destinations chahutées par les Low Cost qui leur coupent l’herbe sous les pieds !

Surtout que la concurrence ne semble pas loyale vue que la première Low Cost implantée en Tunisie, financée à 60% par des fonds publics français, a réalisé en pratiquant ses tarifs de génie, une perte de 24 768 K€ pour ses 17 premiers mois d’exploitation pour un chiffre d’affaires de 63 407 K€ et une perte de 16 887 K€ pour un C.Affaires de 133 335K€ pour son second exercice comptable (source : infogreffe.com)

Apparemment en attendant que les coûts soient réellement bas, s’ils le seront un jour, ce sont plutôt les pertes financées par des fonds publics qui expliquent les prix spectaculairement bas pratiqués sur le marché !!!

Sans être opposé à l’innovation et au progrès, le faux Low Cost subventionné dérange surtout parce qu’il induit en erreur et déstabilise l’existant sans apporter de réelles nouveautés et solutions.

Si c’est pour se débarrasser de l’existant en pratiquant de faux bas tarifs financés par des fonds publics pour revenir après en situation de monopole gagner de l’argent en pratiquant les mêmes tarifs de départ sinon des tarifs encore plus élevés, on ne voit pas l’intérêt de cet exercice à part celui financer les primes des tradeurs des banques et contribuer à la folie du toujours plus qui conduit le monde là où on sait !

Que font les compagnies aériennes tunisiennes pour se protéger de ce fléau du vrai faux Low Cost occasionné par l’ouverture du ciel tunisien à part se cramponner à leurs tarifs tant qu’elles peuvent et par tout moyen !? Pourquoi aucune voix n’a dénoncé la concurrence déloyale pratiquée depuis plus de deux ans par la première Low Cost installée en Tunisie ? Ne faut il pas très vite mettre de l’ordre dans tout cela pour mettre en garde les opérateurs et leur préciser la nuance entre liberté du ciel et concurrence déloyale et vente à perte ?

Ouverture du ciel oui, gabegie et concurrence déloyale non merci ! Si elles ne financent pas leurs politiques tarifaires agressives par des ventes à perte certaines autres compagnies Low Cost sont poursuivies pour non déclaration de la totalité de leur personnel ou l’emploi d’un personnel déclaré dans des paradis fiscaux comme pour le pavillon panaméen dans la marine marchande.

Quand à l’hôtelier qui pense trouver sa liberté en dehors de la griffe du T.O avec l’arrivée des Low Cost, il faut rester prudent et ne pas crier victoire trop vite et dénigrer la soupe au risque de la regretter un jour !

Les chiffres chez nos amis proches qui goutent aux plaisirs des Low Cost depuis 5 ans sont là et sans appel. Malgré l’augmentation à deux chiffres du nombre d’entrées touristiques, les nuitées hôtelières connaissent, elles, une baisse à deux chiffres qui leur donne du fil à retordre !

Quand ce ne sont pas les nuitées qui échappent au secteur hôtelier, ce sont les hôteliers eux-mêmes qui sont soumis à des obligations unilatérales et des abus de la part des E-agences mondiales qui proposent leurs hôtels, dans un contexte caractérisé par des forces déséquilibrées et une domination à outrance des E-voyagistes.

Ainsi on peut lire dans l’Echo Touristique France (N°2933 du 12 au 18 mars 2010) :« Assez ! le 09 mars, une quinzaine de professionnels de l’hôtellerie (syndicats et chaines volontaires) se sont rencontrés pour échanger sur leurs relations tendues avec les agences de voyages en ligne. Relations qui peuvent même tourner au diktat commercial, au détriment des hôtels indépendants, bien sûr !
Il y a une vraie volonté de l’ensemble des chaines prêtes à travailler sur l’élaboration de règles déontologiques avec les agences en ligne, explique le Président de la Fédération nationale de l’hôtellerie française à l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie, à la sortie de la réunion. La situation n’est en effet plus tenable selon lui. »

On se souvient qu’en octobre dernier, Choice Hotels, pour avoir refusé les exigences d’Expedia lors de la renégociation de leur contrat, s’était vu retirer du site en une nuit l’ensemble de ses 5000 hôtels !

Des Groupes comme Expedia (70 millions de nuitées en 2009), Booking.com, Hôtels.com ont des positions si fortes qu’ils peuvent en tirer parti et fermer en un clic s’ils le souhaitaient tous les hôtels d’un pays à la réservation.

En attendant, pour sa survie, le principal recours de l’hôtelier est de multiplier ses canaux de vente. Donner trop de pouvoir à un seul intermédiaire, c’est se mettre en danger le jour où le moindre problème survient.

Même si les indépendants ont forcément un handicap par rapport aux groupes aux milliers de chambres, la plupart des hôtels mettent en avant leurs sites de ventes directes.

Ceci étant, les hôteliers indépendants sont perdus dans le monde d’Internet. Ils pensaient qu’un site maison plus ou moins bien fait suffisait à faire grimper les réservations ! Le plus souvent ce n’est malheureusement pas le cas, car bien vendre nécessite l’intervention d’intermédiaires offrant une visibilité internationale qu’un hôtelier seul ne peut avoir. Et lorsqu’ils mettent la main sur les hôteliers, ils en profitent pour leur dicter leur loi !

Dans cette jungle où les idées prolifèrent sans certitude, où chacun pour vendre sa soupe prétend détenir la solution, la Tunisie se lance dans une nouvelle étude de positionnement stratégique de son Tourisme à l’horizon 2016-2020.

Un comité de sages nous dit-on validera les étapes de cette étude commandée à un grand cabinet international !

Souhaitons à ce comité la clairvoyance et le sang neuf de jeunes compétences ayant un minimum d’initiation sur ce que pourrait être le monde dans 20 ans afin de pouvoir en tracer un vague pourtour.

Tout ce qu’on pourrait souhaiter de mieux à la Tunisie c’est de voir nos enfants nous suggérer notre stratégie de tourisme de demain sous le regard, les conseils et le contrôle de nos ainés qui ont tant donné au tourisme tunisien mais qui risqueraient, sans l’apport de la jeunesse, de mal appréhender l’avenir. L'expérience est une lanterne qui éclaire dans le dos et fait souvent de l'ombre devant !

Quelle place, avant tout, on veut donner ou laisser aux Indépendants car sans l’intervention des pouvoirs publics pour préciser la règle du jeu, le tsunami mondial de l’économie et de la finance, ne laissera que des miettes et des strapontins aux Indépendants et encore par courtoisie pour eux !

Quelle place pour le tour opérating et le stock charter par exemple en provenance du marché français pour la Tunisie pour les dix prochaines années?

Faut il recourir à la mise en place d’un fonds de soutien à l’activité charter sur les dix prochaines années pour aider les compagnies aériennes tunisiennes à :

1 -soutenir l’activité charter qui aura tendance à s’effondrer au risque d’entrainer avec elle les nuitées hôtelières vers la baisse et à

2 -mieux vivre financièrement l’entrée dans un ciel de plus en plus soumis à la libre concurrence ?

Enfin pour Tunisair. Est-ce une Société publique avec des objectifs d’Etat et une dimension macroéconomique ou une société privée en dehors des rouages de l’Etat. Vers l’une ou l’autre des deux situations il faudra obligatoirement faire un pas de plus car la situation actuelle avec 20% de privés et 80% d’étatique risque de ne pas être la bonne alchimie pour une meilleure négociation de l’avenir.

En attendant : attention aux Mirages !!!



Par Hakim TOUNSI

P-D-G AUTHENTIQUE TUNISIE

TOUR OPERATEUR - FRANCE







 

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