Décidément,
l’hôtel-poubelle situé dans la région de Nabeul et révélé aux téléspectateurs
français par l’émission « Enquêtes
et révélations » de TF1 début juin dernier n’était pas un cas isolé. En atteste
la sortie très franche de Mohamed Belaâjouza, président de la fédération
Tunisienne de l’Hôtellerie (FTH), qui a reconnu l’existence de quelque 50 hôtels-poubelles répartis sur
plusieurs régions de la République.
Selon lui, ces hôtels sont gérés par des intrus au
secteur qui ont obtenu des crédits
bancaires pour améliorer la qualité des services, mais ils ont dépensé ces
prêts dans d’autres activités. « Rien ne sert d’essayer de régler
l’endettement de ces pseudo-hôteliers. Il faut carrément les éliminer du
secteur », a notamment indiqué M. Belaâjouza.
Et pour le patron des hôteliers tunisien, l’endettement est «la source
des tous les vices dans le secteur de l’hôtellerie» puisqu’il ce problème pousse
les hôteliers à vendre leurs chambres à des
prix bas pour avoir du cash, et
ce au dépens de la qualité des services. Le diagnostic est on ne peut plus
franc et sincère, mais de nombreuses questions restent en suspens. Comment de tels établissements peut-il
paraître dans l'offre d'un professionnel du tourisme? Comment peuvent-ils
seulement exister à l’heure où tout un chacun sait que l'hôtellerie
en Tunisie est une tradition ancrée avec une réglementation, une législation.
Les hôtels sont régulièrement inspectés. Quand les règles en vigueur ne sont
pas respectées, des sanctions sont appliquées. Des hôtels peuvent être
déclassés et même fermés. Mais comment un tel nombre d’hôtels poubelles peut-il
passer à travers les mailles du filet ? A vrai dire la réalité est très complexe.
D’abord, T c’est connu
partout dans le monde entier, n’est pas hôtelier qui veut. Souvent promoteurs immobiliers,
médecins, anciens banquiers ou encore propriétaires de groupes industriels cherchant à
diversifier leurs activités, nos
investisseurs qui cherchent à fructifier leur argent gagné grâce à d’autres
activités choisissent prioritairement le secteur de l’hôtellerie pour des raisons
patrimoniales et pour tous les avantages réels et fiscaux qui leur sont
accordés. Plusieurs promoteurs ont abusé
du système. Dès la constitution juridique de l’entreprise et le versement des
prêts, certains individus peu scrupuleux commencent par détourner une partie
des fonds pour effectuer des achats personnels (voiture, résidence secondaire
et autres biens sont souvent enregistrés
au nom du conjoint ou des enfants majeurs). Ces opérations sont réalisables grâce
à des circuits tortueux. Tantôt, on s’achète le silence des personnes chargées de contrôler le suivi des chantiers, tantôt
on s’entend avec les prestataires (gonflement des devis, ristourne
détournée, etc.). Parfois
l’entreprise est déclarée en faillite avant même la fin de la construction de
l’unité hôtelière. La banque se trouve devant le fait accompli. La
situation peut s’aggraver si le promoteur demande des rallonges pour terminer
la construction et financer le démarrage de l’exploitation. Les montants des emprunts
excèdent les capacités «normales» de remboursement. Et c’est au moment du
remboursement que les malheurs commencent. Sous l'effet de la pression de certains tour-opérateurs, les hôteliers
qui ont besoin d'avoir des clients cèdent, bradent leurs prix et s'engagent
dans une spirale destructrice avec de dangereux retours de manivelle. Que peut proposer
un hôtelier comme prestations dans un budget de 250 euros ? Que reste-t-il si
on enlève les taxes, les assurances, la commission de l'agence et la marge du
TO ?
Et c’est pour cette raison qu’il faudrait ouvrir de toute urgence la
saison de chasse aux intrus dans le secteur de l’hôtellerie. Le tourisme en Tunisie n’est-il pas
avant tout la poule aux œufs d’or qu’il s’agit de préserver et d’entourer de
tous les soins.